Dévoiler la tenue vestimentaire de la musulmane

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En Occident, la femme musulmane est bien souvent victime de préjugés négatifs vivaces qui entravent son épanouissement personnel.

La tenue vestimentaire qu’elle porte devant les hommes étrangers ― à l’intérieur ou à l’extérieur de son foyer ― est sans doute la principale cause de ce préjudice.

Perçu comme un symbole d’oppression par la société occidentale, son habillement reste un mystère pour les non musulmans et même pour certains musulmans parce que conditionnés — entre autres — par les mœurs occidentales.

   Actuellement, l’accès aux sciences et valeurs islamiques est aisé et diversifié : de plus en plus de musulmanes découvrent ou redécouvrent le mode de vie en Islam qu’elles optent en force en toute connaissance de cause. La tenue vestimentaire recommandée par la religion musulmane est un des aspects de ce mode de vie important pour les croyants, et encore plus pour les croyantes : qu’elle soit masculine ou féminine, elle répond à des critères précis institués par l’Islam ; ce qui n’exclut nullement la diversité de ses formes et coloris.
Quels sont les caractéristiques et les objectifs de la tenue vestimentaire de la musulmane ? Il est temps de le découvrir.

Terminologie

   Plusieurs termes courants entrent en scène dès qu’est abordé le sujet de la distinction vestimentaire des femmes musulmanes. Entre « hijâb », « khimâr », « jilbâb », « niqâb », il est parfois difficile de s’y retrouver.

   La tenue vestimentaire de la musulmane est communément appelée ― à tort ― « hijâb ». Ce mot est issu de la racine arabe « hajaba » qui signifie « cacher ou soustraire au regard d’autrui » ; le hijâb englobe donc tout écran qui fait office de cloison (rideau, mur) entre deux personnes. Ce terme est employé dans le Coran pour inviter les hommes musulmans à s’adresser aux femmes du Prophète derrière un rideau lorsqu’ils sont chez elles : « Et si vous leur [aux femmes du Prophète] demandez quelque objet, demandez-le leur derrière un rideau [hijâb] : c’est plus pur pour vos cœurs et leurs cœurs (…) », s.33 Al-Ahzâb (Les Coalisés), v.53. Ainsi le hijâb empêchait complètement les hommes de voir les femmes du Prophète et vice-versa. Il ne fut prescrit que pour les Mères des Croyants. Une femme couverte de la tête aux pieds, visage compris, expose tout de même sa personne à la vue d’autrui, et sa tenue ne l’empêche pas de voir ceux qui l’entourent ; c’est pourquoi le mot hijâb est inapproprié pour qualifier les vêtements de la musulmane.

   Les doctes musulmans attribuent également au terme hijâb le sens plus général de « pudeur », d’« intimité » ou encore de « moralité ». La pudeur est une des branches de la foi, elle concerne donc autant le musulman que la musulmane : le regard, l’attitude et les vêtements doivent refléter une décence évidente vis-à-vis du sexe opposé pour couper court à toute ambigüité comportementale. Allâh dit à ce titre dans le Coran : « Invite les croyants à baisser pudiquement une partie de leurs regards et à se préserver de toute souillure charnelle. Cela contribuera à les rendre plus purs, car Dieu est si bien Informé de tous leurs actes. Invite également les croyantes à baisser pudiquement une partie de leurs regards, à préserver leur vertu, à ne faire paraître de leurs charmes que ceux qui ne peuvent être cachés, à rabattre leurs voiles [khoumourihinna] sur leurs poitrines, à ne montrer leurs atours qu’à leurs époux, leurs pères, leurs beaux-pères, leurs fils, leurs beaux-fils, leurs frères, leurs neveux, aux femmes musulmanes, leurs servantes, leurs esclaves, leurs serviteurs impuissants, ou aux garçons impubères. Dis-leur aussi de ne pas agiter les pieds pour faire deviner les autres atours de leur féminité. Ô croyants, revenez tous à Dieu, si vous voulez assurer votre salut ! », s.24 An-Noûr (La Lumière), v.30-31.

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   Il n’est pas question dans ce verset de « hijâb », mais de « khoumour », pluriel de « khimâr ». Le khimâr est une pièce d’étoffe qui couvrait la tête et les épaules des femmes bien avant l’avènement de l’Islam : un foulard, une écharpe, un châle ou une mantille en sont des exemples concrets. Dieu demande aux musulmanes de rabattre un côté de leur khimâr pour couvrir leur cou et leur poitrine. Ce vêtement est un des composants de la tenue de la musulmane.

   L’autre vêtement cité dans le Coran est le « jilbâb » : « Ô Prophète ! Dis à tes épouses, à tes filles et aux femmes des croyants de ramener un pan de leurs voiles [jilbâbihinna] sur elles. C’est le meilleur moyen pour elles de se faire connaître et d’éviter ainsi d’être offensées. Dieu est Plein d’indulgence et de compassion. », s.33 Al-Ahzâb (Les Coalizés), v.59. Le jilbâb est une sorte de longue robe qui se porte à l’extérieur. Il est recommandé pour parfaire la tenue de la croyante lorsqu’elle sort pour être reconnue en tant que femme libre et ne pas être importunée. Il est d’autant plus utile lorsqu’elle se rend à la mosquée pour être mieux couverte en accomplissant sa prière. Toutes les femmes n’en possédaient pas forcément un à l’époque du Prophète , mais elles avaient tout de même le minimum requis pour couvrir leur intimité lors de la prière ou devant des étrangers.

Historique

   Se couvrir la tête est une tradition qui existait bien avant l’avènement de l’Islam. Au 12ème siècle avant l’ère chrétienne en Mésopotamie assyrienne les femmes mariées devaient obligatoirement sortir de chez elles la tête couverte. Une loi datant du 10ème siècle avant J.-C. disait : « Les filles d’hommes libres sont obligées de porter le voile. Il est interdit aux prostituées de le porter. »

   Le port du voile est une prescription religieuse que l’on retrouve autant dans le judaïsme que dans le christianisme. Il a pour fonction de protéger la femme et de préserver son honorabilité. Hors contexte religieux, il représentait également un signe explicite de distinction des classes sociales : ce sont les femmes aisées ou nobles qui l’arboraient en exclusivité.

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   À l’avènement de l’Islam, le voile faisait donc déjà partie de la tenue traditionnelle de nombreuses civilisations, dont celle des Arabes. Les femmes avaient l’habitude de le porter pour se différencier des esclaves. Ce n’est que treize ans après le début de la Révélation que l’Islam prescrit aux croyantes de parfaire leur tenue en couvrant également leurs poitrines et en cachant leurs atours : l’Islam n’est pas venu pour bouleverser les bonnes mœurs, mais pour les maintenir et les perfectionner.

   Avant l’avènement de l’Islam, les femmes vivaient dans l’oppression la plus totale : elles étaient répudiées sans raison et vivaient ensuite dans des conditions misérables qui les contraignaient parfois à choisir entre l’esclavage et la prostitution. L’Islam est venu rétablir leurs droits et leur rendre leur dignité. ‘Â’icha a dit : « Que Dieu fasse miséricorde aux premières femmes émigrées, lorsque Dieu révéla : « Qu’elles rabattent leur voile sur leur poitrine », elles déchirèrent leurs draps pour s’en couvrir la tête. » Une variante donne : « Elles prirent leurs manteaux et les déchirèrent du côté de la bordure pour s’en couvrir la tête. », (rapporté par Al-Boukhârî ).

   Celui ou celle qui désire pleinement comprendre la prescription de la tenue vestimentaire des musulmanes ne peut faire l’impasse ni sur le contexte social ni sur les autres versets qui accordent aux femmes des droits et des responsabilités inédits jusqu’alors : indépendance économique, héritage, libre choix du conjoint, participation sociale et politique, etc. Tous ces privilèges accordés aux femmes viennent bousculer les traditions patriarcales et ouvrent la voie à leur émancipation.

Les caractéristiques de la tenue des croyantes

   À l’instar des premières musulmanes, les croyantes d’aujourd’hui se conforment à la volonté d’Allâh et se couvrent, convaincues du bien-fondé de cette prescription divine. L’Islam n’a pas imposé un habit particulier à la femme, celle-ci est libre de choisir ses vêtements du moment que certaines conditions sont réunies :
– sa tenue doit être large et opaque ;
– elle ne doit pas ressembler (dans son ensemble) à l’habillement masculin ;
– elle doit couvrir l’ensemble de son corps excepté son visage et ses mains.
Grâce à la latitude qui leur est offerte, les femmes peuvent ainsi vivre pleinement leurs convictions spirituelles tout en s’intégrant à leur contexte social, quelle que soit leur époque. Leur tenue rappelle aux hommes la dimension spirituelle de leur être, protège leur intimité et leur personne tout en les honorant.

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« Tu ne peux pas les empêcher, mais tu peux te protéger : c’est Celui Qui t’a créée qui connait mieux ton intérêt »

Quelles sont les parties corporelles que la musulmane doit couvrir et comment ?

   Allâh est le Créateur des hommes qu’Il connaît subséquemment mieux qu’ils ne se connaissent eux-mêmes. Pour prévenir les dérapages comportementaux, les versets sur la chasteté établissent des règles de conduite à suivre dans un contexte de mixité, car inévitablement, hommes et femmes sont amenés à se côtoyer pour leurs affaires courantes. D’après Ibnou ‘Abbâs , grand exégète du Coran, le passage « à ne faire paraître de leurs charmes que ceux qui ne peuvent être cachés » se rapporte au visage et aux mains ; certains savants incluent les pieds. Même si la majorité des savants suivent l’interprétation du Compagnon, certains d’obédience hanbalite indiquent que la femme doit également couvrir son visage et ses mains. Ils se basent sur un hadîth attribué au Prophète qui dit : « Tout le corps de la femme est une intimité (‘awrah) ». Cependant la première opinion parait plus conforme aux enseignements du Coran et de la sunna prophétique, et ce pour plusieurs raisons parmi lesquelles :

– en demandant aux hommes de baisser leur regard, le verset 30 de sourate An-Noûr suppose qu’il reste certaines parties de la femme découvertes ;
– un consensus est établi entre les savants sur l’habillement de la femme qui accomplit sa prière : elle n’est pas tenue de couvrir son visage et ses mains ;
– la femme en état de sacralisation ne doit pas couvrir son visage et ses mains, que ce soit pendant le petit ou le grand pèlerinage, conformément aux paroles du Prophète : « (…) La femme en état de sacralisation ne porte ni voilette, ni gants. » (rapporté par Al-Boukhârî). La voilette, appelée « niqâb » est une étoffe qui cache le visage en laissant apparaître les yeux. Elle constitue une tradition vestimentaire de confort pour certaines femmes dans la période préislamique. Le Prophète ne l’a ni recommandée, ni encouragée : il s’est contenté de l’admettre pour ne pas gêner celles qui la portaient. En revanche, après la prescription du hijâb, la voilette était utilisée par les Mères des Croyants lorsqu’elles sortaient.

   La partie « à ne faire paraître de leurs charmes que ceux qui ne peuvent être cachés » fait également référence à la toilette artificielle dont peut user la femme. La modération est de rigueur dans le domaine de la parure, comme ailleurs. Les parures qui peuvent apparaître sont le henné sur les mains, le kohol aux yeux et de l’onguent non parfumé sur les joues. L’Islam ne dispense la femme de prendre soin de son apparence qu’en cas de deuil : trois jours maximum, excepté pour la veuve qui portera son deuil quatre mois et dix jours ou jusqu’à son accouchement en cas de grossesse.

Le voile, une enveloppe protectrice

   L’Islam accorde une place privilégiée à la femme. Celle-ci est considérée comme un joyau d’une grande valeur, et comme toute pierre précieuse qui se respecte, elle a droit à une protection digne de ce nom. Tout comme Dieu a protégé les éléments fragiles de Sa création en les recouvrant d’une membrane protectrice, Il demande à la femme musulmane de se préserver du mal de ses semblables. Ainsi Il dit dans le Coran : « Ô Prophète ! Dis à tes épouses, à tes filles et aux femmes des croyants de ramener un pan de leurs voiles sur elles. C’est le meilleur moyen pour elles de se faire connaître et d’éviter ainsi d’être offensées. Dieu est Plein d’indulgence et de compassion. », s.33 Al-Ahzâb (Les Coalizés), v.59.

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   En dissimulant son corps, excepté son visage et ses mains, la musulmane affiche une pudeur significative. En effet, son apparence ne laisse flotter aucun doute sur sa détermination : elle refuse formellement toute œillade, toute parole, tout geste déplacés voire irrespectueux à son égard et ne souhaite en aucun cas être importunée. Ses vêtements la protègent d’une certaine manière des regards concupiscents, des réflexions malintentionnées et de la promiscuité avilissante des hommes dépravés.

Le hijâb, une libération à l’état pur

    L’humilité et la chasteté, deux notions essentielles en Islam, ne peuvent être atteintes qu’en respectant certaines normes vestimentaires et comportementales. Une femme qui adhère complètement aux principes islamiques se conforme automatiquement aux exigences de l’habillement prescrites par le Coran. C’est un acte de foi qui rehausse sa personne dans les sphères de l’honorabilité, du respect et de la dignité. Sa tenue devient alors son libérateur par excellence puisqu’elle est ainsi reconnue en tant qu’individu pour son intelligence et sa personnalité, non pas pour sa beauté (ou sa laideur). Elle ne peut être considérée comme un simple objet sexuel, car ses vêtements la libèrent des carcans des standards d’attractivité et de la scrutation typiquement masculine. En effet, la musulmane ne cherche à impressionner personne, ni en portant des vêtements à la mode ni en adoptant la dernière coupe de cheveux en vogue. Elle est une femme qui quitte son domicile pleine d’assurance et qui ne court pas derrière les regards admiratifs pour nourrir son amour-propre.

   Aujourd’hui, le nombre de femmes qui respectent la tenue islamique est en constante augmentation, que ce soit dans les pays occidentaux ou dans les pays musulmans. Ce phénomène s’explique par un profond retour à la religion musulmane, qui permet aux femmes de s’épanouir tant familialement que socialement. Le modèle d’émancipation à l’occidentale ne fait que transférer l’enfermement de la femme des chaînes de la famille patriarcale aux carcans de l’exploitation de la femme-objet orchestrée par la société. Malheureusement, une majorité de non musulmans rejettent l’idée d’une émancipation féminine par le « hijâb », c’est pourquoi les femmes musulmanes doivent encore et toujours se battre pour faire accepter leur choix de vie. Il est inacceptable au 21ème siècle de voir une poignée d’individus contraindre les femmes à suivre des valeurs fort éloignées de leurs aspirations. Ainsi, personne n’a le droit de forcer une femme à retirer son voile ni la contraindre à le porter.

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