(2) Installation des Arabes dans la péninsule arabique

Biographie du Messager

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   Pour bien comprendre dans quel contexte Le Créateur envoya son plus noble Messager , il faut effectuer un retour dans le temps et expliquer les origines des Arabes dont est issu le bien-aimé des musulmans.

   « Arabe » signifie « désert », et les véritables Arabes vivaient au Yémen…

   A une époque reculée, le patriarche des musulmans, Ibrâhîm  Al-khalîl (l’ami proche d’Allâh ) résidait avec sa famille en Palestine. Sur ordre de Dieu, il emmena à la Mecque sa seconde épouse Hâjar et son unique fils en ce temps-là, Ismâ’îl .

   Le voyage fut long, éprouvant…et pour seule consolation, la Mecque leur offrit un accueil désertique et inhabité. Plus inattendue, peut-être, fut l’attitude du prophète Ibrâhîm : il laissa sa compagne et son enfant en bas âge sur place, avec pour seules provisions un sac de dattes et une outre d’eau, puis il rebroussa chemin.

   Le voyant partir ainsi, Hâjar courut derrière sa monture et lui demanda :

   « Ô Ibrâhîm! Où vas-tu ainsi en nous laissant dans cette vallée où il n’y a pas âme qui vive ?Seul le silence lui répondit. Elle réitéra plusieurs fois sa question… en vain. Interprétant le mutisme de son époux, elle se hasarda :

—   Est-ce Dieu qui t’a ordonné d’agir ainsi ?

—   Oui.

—   Donc Allâh ne nous perdra pas. »

   Lorsqu’il fut hors de vue de Hâjar , le mari aimant se tourna vers La Maison Antique (la Ka’ba), et invoqua Le Tout Miséricordieux, Le Dispensateur de toutes les grâces : « Seigneur, j’ai installé une partie de ma descendance dans une vallée stérile, proche de ton oratoire sacré. Seigneur, fais qu’ils observent la prière. Rends-les sympathiques aux autres hommes. Procure-leur des aliments en vue de T’attirer leurs grâces. » Cette supplique est consignée dans le noble Coran jusqu’à la fin des temps, dans sourate 14 « Ibrâhîm », verset 37.

   En une si délicate situation, comme est pure la soumission de cette femme, et comme est forte sa foi en Le Créateur !

   Hâjar demeura là, allaitant son nourrisson, s’alimentant des dattes et buvant l’eau de l’outre jusqu’à son épuisement…

   Quand la soif se fit sentir, et qu’Ismâ’îl ( commençait à s’agiter, son cœur de mère souffrit, et elle ne put rester en place : il lui fallait trouver rapidement une solution de survie. Elle posa son fils sur le sol, et commença à entreprendre sept trajets entre deux monticules nommés As-Safâ et Al-Marwah, à la recherche d’eau ou de quelque aide… Exténuée, elle revint bredouille auprès de son enfant, et invoqua Allâh .

   Dieu lui dépêcha l’archange Jibrîl , qui frappa de son aile le sol à proximité d’Ismâ’îl . Le miracle se produisit, une eau douce jaillit des profondeurs de la terre. La source au nom de Zam-Zam sauva la mère et l’enfant d’une mort certaine, et leur permirent un sursis de vie.

   A la même époque, les Arabes que l’on qualifiait de Al-‘Arab Al-‘Âribah (vrais Arabes) vivaient d’agriculture au Yémen, grâce au barrage « Ma’rib ». Or, ce dernier céda sous l’effet des intempéries et de la sécheresse. La famine s’ensuivit, provoquant l’exode de plusieurs tribus vers la péninsule arabique, où elles espéraient démarrer une nouvelle existence dans une terre plus hospitalière. Ainsi, le clan de Thaqîf s’établit à At-Tâ’if au sud de la Mecque ; celui des Ghassâssinah s’installa au sud du Châm (Syrie et Palestine) ; et la tribu des Manâdhirah se fixa aux frontières de l’Irak. Quant au groupe de Jourhoum, il se déplaçait non loin de la Mecque, lorsqu’il aperçut  à l’horizon des oiseaux planant au dessus d’un endroit précis. La région étant réputée aride, la présence des volatiles étonna les émigrants.

   Ils envoyèrent un éclaireur, et celui-ci découvrit  Hâjar et Ismâ’îl près de la source Zam-Zam avec leurs maigres provisions. Habités de nobles qualités, dont l’honnêteté et la bienséance, les gens de Jourhoum sollicitèrent la permission à Hâjar pour se maintenir sur les lieux et profiter des bienfaits de Zam-Zam. En contrepartie de cela, la mère et l’enfant furent adoptés par la tribu, et une rente leur fut allouée.

   De temps à autre, Ibrahîm rendait visite à son épouse et à son enfant, et il constatait les remarquables progrès de son fils dans la langue arabe.

   En grandissant, Ismâ’îl était fort apprécié pour ses qualités personnelles : il épousa une fille de la tribu de Jourhoum, et sa progéniture devint arabe. Tous les descendants d’Ismâîl portèrent la qualification de Al-‘Arab Al-Mousta’ribah (Arabes arabisés).

   Le patriarche Ibrahîm revint un jour voir son fils, avec ordre d’Allâh de reconstruire la Ka’ba sur ses anciennes fondations, entreprises autrefois par Âdam : «…En vérité, le premier temple qui ait été fondé à l’intention des hommes est bien celui de la Mecque qui est à la fois une bénédiction et une bonne direction pour l’Univers » s. 3 Âli ‘Imrân (La Famille d’Imrân), v. 96.

   Puis, la reconstruction achevée, Allâh demanda à Ibrahîm de lancer un appel invitant les Hommes au pèlerinage à la Ka’ba. Le prophète s’interrogea : « Comment les gens du monde entier vont-ils m’entendre ? »

   Et Dieu de lui répondre : « A toi de faire l’appel, à Nous de le faire transmettre ! » Ibrahîm se plaça sur le mont ‘Arafah et exécuta l’ordre divin. Allâh fit parvenir l’appel dans le cœur des croyants sincères : seuls ceux qui suivaient véritablement Ibrahîm avaient leur cœur empli d’amour pour la Ka’ba et le pèlerinage.

   Subséquemment, tous les Arabes de la péninsule confessèrent le monothéisme.

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   La tribu de Jourhoum coulait des jours paisibles à la Mecque sur une longue période, jusqu’à ce que ses voisins de Khouzâ’ah convoitèrent la source de Zam-Zam. Un conflit armé éclata, et l’issue fut la défaite de Jourhoum. Pressentant leur perte, les habitants de Jourhoum enfouirent Zam-Zam si profondément qu’elle fut introuvable par les envahisseurs. Ceux-ci durent se fournir en eau à l’extérieur de la Mecque. Khouzâ’ah prit le pouvoir pour trois cents ans, voire cinq cents selon une autre version.

   Les conquérants étaient gouvernés par le très puissant et non moins généreux ‘Amr Ibnou Louhay Ibnou Qoum’ah, estimé et obéi des siens. Il accueillait et offrait l’hospitalité aux pèlerins de la Mecque. Mais l’histoire laissera surtout de lui la détestable réputation de celui qui avait introduit le polythéisme à la Mecque.

   L’auteur de la plus importante biographie du Prophète Mouhammad , Ibnou Hichâm,  a relaté la façon dont procéda ‘Amr Ibnou Louhay Ibnou Qoum’ah pour amener les Arabes à l’adoration des idoles : « ‘Amr Ibnou Louhay quitta la Mecque et se rendit au Châm. Il parvint à Ma’b, dans la région de Balqa’, où vivait un peuple nommé les ‘Amâliq, descendants de ‘Amlak, fils de Lawâd, fils de Sâm [de là vient le terme « sémite »], fils de Noé . ‘Amr Ibnou Louhay les vit adorer des statues, et leur demanda :

« Quelles sont ces idoles, et à quoi servent-elles ?

—   Nous adorons ces idoles, car elles exaucent toutes nos prières : si nous leur demandons la pluie, nous l’obtenons aussitôt ; et si nous leur demandons la victoire, elles nous l’accordent, lui répondirent-ils.Il leur demanda :

— Puis-je ramener une de vos idoles afin que mes concitoyens arabes l’adorent ? »

   Ils lui donnèrent l’idole connue sous le nom de  Houbal, et ‘Amr Ibnou Louhay l’installa à la Mecque en ordonnant aux Mecquois de l’honorer et de l’adorer. Il incita fortement son peuple à inventer d’autres divinités et à les représenter sous forme de statues. L’idolâtrie ne tarda pas à se répandre comme une tâche d’huile, les polythéistes proliférèrent dans la presqu’île arabique. Les Arabes des régions avoisinantes venaient à la Mecque et plaçaient au fur et à mesure leurs statuettes dans la Ka’ba pour les vénérer. Avant de s’en retourner chez eux, ils étaient contraints par les autorités d’acheter celles qui étaient fabriquées avec de la pierre de la Mecque.

   Plus tard, le Prophète s’adressant un jour à un de ses compagnons, Aktham Ibnou Joûn Al-Khouzâ’î, lui dira : « ô Aktham ! J’ai vu ‘Amr Ibnou Louhay Ibnou Qoum’ah Ibnou Khandaf traîner ses entrailles dans le feu ; vous vous ressemblez [physiquement] comme deux gouttes d’eau. »

   Aktham répliquera au Prophète  : « Pourvu que cette ressemblance ne me porte pas préjudice ! »

   Le Prophète le rassurera : « Tu es croyant, alors qu’il est incrédule, c’est le premier imposteur qui modifia la religion d’Ismâ’îl en lui substituant l’idolâtrie. »

   Quelle malédiction pour un tel individu ! Car il est dit que l’initiateur d’un péché portera les fautes de ses suiveurs ; tandis que celui qui introduit une bonne tradition aura la récompense de ceux qui l’imitent.

   Le nombre des idoles dépassait les trois cents, les plus connues étant : Wadd, adorée par les Banoû Kalb ; Souwâ’ vénérée par la tribu de Houdhayl ; Yaghoûth idolâtré par le clan de Tay Ahl Jarach ; Ya’oûk célébrée par le groupe de Hamadhan ; Nasr glorifié par les Yéménites. Dieu dit : « Ils ont dits aux leurs : « N’abondonnez jamais vos idoles ! N’abondonnez ni Wadd, ni Souwâ’, ni Yaghoûth, ni Ya’oûk, ni Nasr ! » s. 71 Noûh (Noé), v. 23.

   Il nous est aussi parvenu l’histoire étrange de deux statuettes, dont l’une se prénommait Issâf et l’autre Nâ’ilah. Issâf était amoureux de Nâ’ilah, aussi sollicita-t-il sa main à son paternel. Mais celui-ci, refusa de la lui accorder. Les tourtereaux, Yéménites, décidèrent de se rencontrer lors de leur pèlerinage à la Mecque. Là, dans le sanctuaire des sanctuaires,  la Ka’ba, ils commirent l’impensable… se livrèrent à des ébats amoureux éhontés !

   Le courroux d’Allâh ne se fit pas attendre, et les transgresseurs furent transformés en pierre. On les laissa à la Mecque afin que les pèlerins puissent les lapider et tirer leçon de leur inconduite. Mais le temps fuyant, l’oubli s’installa et les gens en vinrent à adorer leurs effigies.

  Les ténèbres avaient obscurci les cœurs et les esprits des Arabes. Ils subissaient désormais les conséquences absurdes de l’époque de l’ignorance et des superstitions : ils en venaient à sacraliser des camélidés auxquels ils attribuaient des noms tels que Sâ’iba, Al-Hâm, Al-Bahîrah. Toutefois le comble de l’égarement atteignait toute son horreur avec l’abjecte habitude des Arabes d’enterrer leurs petites filles vivantes.

   ‘Omar Ibnou Al-Khattâb fut un jour aperçu tantôt pleurant, tantôt riant, ce qui provoqua l’étonnement et l’interrogation des témoins de son état. Il les informa alors : « Je me suis rappelé l’époque de l’ignorance, et je me suis souvenu de ma fille de six ans que j’avais amenée avec moi dans le désert, afin de l’enterrer. Et pendant que je creusais sa tombe, elle ôtait le sable qui collait à ma barbe…Puis je me suis remémoré le jour où j’étais en voyage et que j’avais oublié de prendre avec moi ma statuette : j’en avais donc façonné une avec les dattes que j’avais emportées, puis je l’ai adorée. Quand j’ai eu faim, j’ai mangé mon seigneur ! »

   Il était temps qu’Allâh envoyât à l’humanité un Messager au cœur débordant de compassion…

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