La Palestine (1) : La période anté-islamique

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L’origine du nom de la Palestine

Le géographe voyageur grec Hérotode (485-425 av. J.-C.) était le premier à mentionner le nom gréco-latin de la Palestine

(« Filistîne », en arabe), tiré de celui de son peuple principal, les Philistins, peuple de la mer venu de Crète et maître de la côte fertile au 12ème siècle avant J.-C.

Au sud du Croissant fertile — berceau des civilisations humaines —, la Palestine couvre la région côtière méditerranéenne limitée à l’est par le Jourdain et qui s’étend de Gaza, au sud, à la frontière du Liban, au nord.

Terre des messages divins et lieu privilégié et stratégique pour les échanges internationaux, la Palestine est un territoire disputé depuis l’Antiquité.

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Zone du Croissant fertile

Le brassage des peuples et des cultures

D’après les sources archéologiques, depuis le 4ème millénaire avant J.-C., le peuple sumérien aux origines inconnues habitait le sud de la Mésopotamie (dans les environs d’Ur), mettant en place la première civilisation urbaine de l’histoire.

A partir de 2500 ou 2400 avant J.-C., les peuples dits sémitiques venant de l’Arabie du Nord ont progressivement occupé les terres allant du sud de la Palestine à la Syrie du Nord et, de là, jusqu’au Golfe Persique. Le point commun de ces peuplades est la racine sémitique de leurs langues fortement apparentées. Leur mode de vie et de pensée est propre à celui des nomades. A partir du 15ème siècle avant J.-C., les Araméens se rendirent sur les terres sédentaires et mirent plusieurs siècles pour s’imposer ; ils donnèrent naissance à plusieurs royaumes en Mésopotamie et en Syrie cananéenne :

les Akkadiens se sont dirigés vers l’est, occupant la Mésopotamie (14ème siècle av. J.-C.) où ils ont bénéficié des apports de la civilisation sumérienne ;
les Cananéens (13ème millénaire av. J.-C.) convergèrent vers l’ouest, sur les terres et les côtes de la Syrie, du Liban et de la Palestine d’aujourd’hui ;
les Amorites, d’autres sémites, venus ultérieurement, se mêlèrent aux autochtones de la Mésopotamie à la fin du même millénaire ;
les Hébreux apparaissent dans l’histoire comme des nomades araméens dont s’inquiétaient les cités cananéennes de Palestine. Le brassage des peuples et des cultures se fit parfois pacifiquement, parfois belliqueusement.

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Autour de 1000 av. J.-C., la Mésopotamie était partagée en deux royaumes : Le premier s’organisait autour de Babylone avec un peuplement important. L’empire babylonien (1984 à 1694 av. J.-C.) brillait de tous ses feux, surtout sous Hammourabi (1793-1750 av. J.-C.), rendu célèbre par son code de lois économiques, sociales et morales. Entre 1206 et 538 avant J.-C., divers empires et royautés néo-babyloniens apparurent, et la figure dominante de cette période fut le roi Nabuchodonosor II (605-562 av. J.-C.).

Le second, au nord, portait le nom d’Assyrie dans la haute Mésopotamie (actuel Kurdistan). A la différence des royautés de la basse Mésopotamie, les royautés assyriennes furent tristement célèbres pour leurs violentes conquêtes, leurs interminables querelles dynastiques, leur droit pénal très strict accompagné de mutilations et bastonnades. Le monarque Assourbanipal (669-627 av. J.-C.) installa la capitale à Ninive (près de l’actuel Mossoul). A l’Ouest, les Cananéens sont repoussés vers la Méditerranée par de solides états araméens, et envahis par les Philistins venus du nord. La civilisation cananéenne survit uniquement à l’intérieur de la Palestine et le long des côtes de l’actuel Liban, menacée sans cesse par l’infiltration des Hébreux. Les Grecs attribuèrent aux Cananéens de la façade maritime le nom de Phéniciens, vers 1000-900 avant J.-C.

L’apparition de l’écriture alphabétique cunéiforme d’origine sumérienne (vers 3000 av. J.-C.) mise au point dans les cités maritimes permit l’adoption et la diffusion rapide de l’araméen comme langue commune à tout le Croissant fertile : l’araméen domina dans les domaines commercial, administratif, diplomatique, puis littéraire et religieux.

e42Ecritures cunéiformes (gravées à l’aide d’un clou)

   Du point de vue religieux, les Assyro-babyloniens étaient polythéistes et adoraient des dieux auxquels ils transféraient toutes les passions humaines : Anou (dieu du ciel), Ea (déesse des eaux souterraines), Enlil (dieu de l’air et du vent), Ishtar (déesse de la fécondité et de la guerre), Adad (dieu de l’orage), etc. La toute puissance et l’immortalité de ces divinités étaient affirmées, et l’homme se devait de les servir en construisant des sanctuaires, en comblant leur gourmandise en sacrifices et en se conformant à l’ordre qu’ils avaient établis, car l’homme était responsable du maintien de l’Univers qu’ils avaient créé. Mardouk, dieu de Babylone, prit progressivement de l’ascendant sur les autres dieux : son temple avec la ziggourat (tour à étages) fut le plus grand de l’Orient ancien sous le règne de Nabuchodonosor.

Ziggourat babylonien

Dans la région syro-palestinienne du Croissant fertile, le pays de Canaan, le polythéisme régnait aussi : son dogme était la hantise de la perpétuation de la vie et de la conservation des forces fécondes de la nature. El était le dieu suprême d’une ribambelle de petits dieux : Baal (« Seigneur »), sa sœur et amante Anat (les Phéniciens la rebaptiseront Astarté), Môt (« Mort », dieu des puissances du sol), Dagan (dieu du blé), Hadad (dieu de l’orage), etc.

Les fidèles de cette religion ont multiplié les statuettes et amulettes. Ils avaient pratiqué la prostitution sacrée avec plus d’ampleur que leurs voisins assyro-babyloniens : la signification de ce rite était la reproduction terrestre de la vie sexuelle des dieux et leurs conséquences bienfaisantes pour les êtres vivants. Les Cananéens furent les seuls de l’Orient ancien à avoir très longtemps conservé la pratique du sacrifice sanglant de jeunes enfants au dieu Molk (nommé « Moloch » par les Israéliens).

Les conflits

Le Croissant fertile fut le théâtre de conflits et de migrations historiquement très denses. Les Cananéens subirent eux aussi nombre d’invasions successives. Ils furent notamment d’abord soumis aux Hyksos, puis à l’empire égyptien.
Les Hyksos étaient des sémites, dominés par une aristocratie indo-européenne, qui conquirent l’Egypte de 1730 à 1580 avant J.-C. (15ème et 16ème dynastie). Ils furent chassés par les princes de Thèbes (17ème et 18ème dynasties).

Le peuple de la Mer, les Philistins frappèrent à leur tour l’Egypte et débarquèrent sur les rivages méridionaux de Canaan aux environs de 1200 avant J.-C. Ils y fondèrent des cités qui parlèrent une langue indo-européenne.

Les Hébreux vivaient en Egypte depuis l’époque du prophète et gouverneur Yoûssouf (psl) qui y avait ramené sa famille. Yoûssouf (psl) était un des douze fils du prophète Ya’coûb (psl) à qui Dieu donna le nom d’Israël. Dieu avait fait surgir dans le désert douze points d’eau, et chaque clan sut où il devait s’abreuver : la notion des douze tribus d’Israël est né lors de cet épisode. Après l’ère du prophète Yoûssouf (psl), la haine des Egyptiens à l’égard du peuple hébreu allait en grandissant jusqu’à leur persécution et leur mise en esclavage.
Le Prophète Moûssâ (Moïse, psl) les sortit d’Egypte. La boue de la Mer Rouge avait à peine séché sur leurs pieds, que certains retournèrent à l’idolâtrie en adorant le veau d’or : ils en furent châtiés. Puis Dieu ordonna aux Hébreux la conquête du pays de Canaan, mais ils refusèrent en disant à Moûssâ (psl) et aux croyants qui le suivaient d’aller, eux, combattre le peuple de la Mer. A cause de cette couardise désobéissante, Dieu les fit errer apatrides durant 40 années.

C’est sous le commandement du successeur et prophète Yoûcha’ (Josué, psl) que les Hébreux assaillirent par l’Est les Philistins (plus connus sous le nom grec de Phéniciens) : l’arrière du pays fut occupé ; ceux des Philistins qui ne se soumirent pas à la nouvelle autorité se replièrent dans le nord-est de la Philistine, autour de Tyr, Sidon et Byblos. Sur un territoire aussi exigu, ils bâtirent leur prospérité grâce au commerce. Ils comprirent fort rapidement l’intérêt de communiquer dans la langue de leurs voisins, aussi perfectionnèrent-ils l’écriture, à Byblos, pour pouvoir retranscrire les caractères cunéiformes hérités de Sumer et les hiéroglyphes d’Egypte : ils constituèrent alors un véritable alphabet définitif, dans lequel chaque lettre correspondait à une consonne, ce qui permit de noter aisément n’importe quelle langue. Cet alphabet servit de base à l’arabe et à l’hébreu.

En l’an 1000 avant J.-C., les Philistins reprirent le dessus. Il fallut attendre le successeur du roi Saül, le prophète Dâoûd (David, psl), chef de la tribu de Juda, dans le sud du pays, pour que les Hébreux dominassent à nouveau.

Mais l’empire de Dâoûd (psl) ne survécut que 73 à 80 années, il se scinda en deux à la mort du fils de Dâoûd (psl), le prophète Soulaymâne (psl). Les tribus du nord, réputées pour leur polythéisme et leur décadence des mœurs, avaient toujours mal supporté la prépondérance de la Judée : ils s’en détachèrent pour former le royaume d’Israël, dont Samarie (actuellement Naplouse) devenait ultérieurement la capitale. Le royaume de Judée eut Jérusalem pour capitale et fut gouverné par les successeurs de Dâoûd (psl) : ce royaume était le conservateur des commandements divins et donna le nom de judaïsme à la religion du peuple hébreu.

La Judée est la partie montagneuse du sud de la Palestine. Dans le premier sens, le plus étroit, la Judée était située au sud de la région de Samarie. Judée et Samarie forment aujourd’hui la Cisjordanie.La province de Samarie tire son nom de l’ancienne capitale du royaume d’Israël (fondée en 880 av. J.-C.) : Shomron, devenu en grec Samana. Après la prise de la ville par les Assyriens (en 722 av. J.-C.), le roi Sargon déporte les notables et y installe des colonies étrangères ; c’est ce mélange de populations et donc de religions que les Juifs de Jérusalem ne cessent de dénoncer . S’estimant les seuls fidèles à la religion du Dieu d’Israël, ils critiquent vivement les Samaritains et les traitent de « peuple fou ». Comme les Juifs leur interdisent de participer à la reconstruction du Temple de Jérusalem, en 520 av. J.-C., les Samaritains finissent pas construire leur propre temple au mont Garizim, probablement peu après Alexandre, vers la fin du IVe siècle av. J.-C. La rupture entre Juifs et Samaritains devient définitive lorsque le roi hasmonéen Jean Hyrcan, neveu de Judas Maccabée, vient détruire Samarie et le temple du Garizim en 128 av. J.-C. A leur arrivée en 63 av. J.-C., les Romains reconstruisent Samarie et lui rendent son indépendance. En 30 av. J.-C., Auguste donne la ville à son ami Hérode le Grand, qui l’embellit et la renomme Sébastè (Auguste, en grec); le village arabe actuel a gardé ce nom: Sebastiyeh. A partir l’an 6 de notre ère, la Samarie, comme la Judée, est administrée par un préfet romain, qui réside à Césarée maritime.

Cette division affaiblit les deux royaumes face aux attaques ennemies : tandis qu’en 722 av. J.-C. le royaume d’Israël disparut complètement, écrasé par l’Assyrie menée par Sargon II (722-705 av. J.-C), le royaume de Juda essuya l’assaut de Sennachérib (705-681) et dut verser un tribut à l’Assyrie dont il devint une province. Mais l’empire assyrien disparut à son tour en 612 av. J.-C., suite à la collusion des Mèdes et des Chaldéens. Le souverain chaldéen, Nabuchodonosor mata la tentative de révolte de la Judée en s’emparant de Jérusalem et en rasant son temple en 587 avant J.-C. : la lignée des descendants de Dâoûd (psl) s’éteignit.

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Les cités phéniciennes, conquises par l’Assyrie, résistèrent aux Chaldéens, mais furent par la suite dominées par les Perses : le roi achéménide Cyrus II le Grand conquit Babylone et établit sa domination sur tout le bassin mésopotamien ; il adopta cependant l’araméen comme langue officielle. Avant la fin du millénaire, la civilisation phénicienne voit son influence péricliter. La civilisation grecque culmina alors dans le monde avec Alexandre le Grand qui l’emportait sur les Perses. Toutefois, ce ne fut qu’un intermède dans la région, les Perses reprenant son contrôle jusqu’à l’avènement de l’Islam.

Rome prit son essor parallèlement à la Perse et le christianisme faisait son apparition en Judée sous les traits de ‘Îssa (Jésus, psl) de Nazareth. Mais face aux invasions germaniques et barbares, l’Empire romain déclina à son tour : Constantin 1er (288-337) transféra la capitale de Rome à Byzance (renommée en son honneur Constantinople), sur les rives du Bosphore. L’Empire romain d’Orient conservait sa prospérité et un niveau élevé de civilisation. La Judée devenait subséquemment une province romaine et la Palestine tombait dans le giron de Byzance, maîtresse absolue de l’Egypte et de la façade méditerranéenne du Croissant fertile.

L’Empire romain d’Occident s’enlisait dans sa période la moins féconde en termes de civilisation : le royaume franc demeurait l’unique royaume germanique florissant, mais il était aussi le moins civilisé de tous les envahisseurs de l’Empire romain. La régression fut telle qu’aucun historien n’aurait pu imaginer le rayonnement ultérieur de cette partie du monde.

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La confédération Ghassanide

Les Ghassanides venaient du sud de l’Arabie, habitaient la vallée de Ma’rib (au Yémen) et faisaient partie de la tribu Azd. Au 3ème siècle de notre ère, ils s’installaient dans la région Al-Balqa (Jordanie actuelle). Vers 420, le chef arabe Aspebetos se convertit au christianisme et s’allia à l’Empire romain. Il devint phylarque (chef militaire) des Saracènes. Les Ghassanides s’opposaient aux Lakhmides alliés à l’Empire sassanide. Les tribus avaient le titre de foederati (alliés des Romains) et assuraient la défense des frontières du Sinaï à la Mésopotamie. Elles pouvaient donc s’installer en territoire romain. Tha’laba ibn ‘Amr, le chef de la confédération, signa une alliance en 502 avec l’empereur byzantin Anastase. Les Ghassanides devaient protéger la province d’Arabia puis la Palestine sous la conduite du phylarque d’Arabie. Le roi de Kinda qui dirigeait une autre tribu arabe, devint phylarque de Palestine.

Les Arabes étaient fédérés par les Byzantins dont ils étaient vassaux : ils défendaient les frontières de l’Empire, aussi bien sur l’Euphrate qu’aux frontières méridionales de l’Arabia. L’Empire ghassanide s’étendait vers le sud et atteignit son maximum à Yathrib (actuelle Médine). En 569, Aretas meurt et son fils Al-Moundhir lui succèda. Il remporta des victoires contre les Lakhmides commandés par Kaboz. Quand Al-Moundhir demanda à Justinien (empereur de Byzance) de l’or pour payer ses troupes, ce dernier refusa et donna l’ordre de le mettre à mort. Al-Moundhir en fut avisé et se retira dans le désert avec ses troupes. Les Perses et les Lakhmides en profitèrent pour piller la Syrie et détruire Eraclée et Hama en 573. Al-Moundhir se réconcilia avec l’empereur Tibère II en 580, mais sa défense de la foi monophysite le fit arrêter pour trahison. Son fils Nou’man partit à l’assaut de la Syrie et de l’Arabie, et le gouverneur de Bostra (ville au sud de la Syrie) fut tué dans l’assaut. Nou’man fut capturé en 581 et la confédération fut dissoute : le sassanide Kosroes II envahit la Syrie et la Palestine en 614.

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