(3) La purification (1/5) : l’eau et les impuretés

Jurisprudence malikite

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Définitions

Le verbe arabe « tahhara » ( طهَّر ), traduit par « purifier » en français, signifie à la fois « être pur » et « se préserver de la souillure ».

Il existe deux sortes de purifications :

– la purification spirituelle (« tazkiyatou-nafs ») ( تزكية النفس ) consiste à se débarrasser de ses péchés par un repentir sincère ;
– la purification rituelle, condition sine qua non de la validité de la prière, se divise elle-même en purification matérielle et en purification corporelle. La purification matérielle ( الخَبَث طهارة ) consiste à nettoyer ses vêtements et les lieux de toute impureté matérielle (« al-khabath »). Quant à la purification corporelle ( الحَدَث طهارة ), elle se concrétise de diverses manières dans le but de retrouver un état altéré par l’impureté immatérielle (« al-hadath »).

Qu’est-ce que l’impureté immatérielle ?

Elle correspond à l’incident qui met le musulman en état d’impureté. Les juristes distinguent l’impureté immatérielle mineure (faire ses besoins, saigner, etc.) de la majeure (avoir des rapports sexuels, les menstrues, les lochies, etc.), qui, en temps normal, nécessitent une purification par l’eau.

Que qualifie-t-on d’impureté matérielle ?

L’impureté matérielle est en soi une substance définie comme étant une souillure :
– l’urine et les excréments humains ― y compris ceux du nourrisson qu’il soit allaité ou non ―, ainsi que ceux des animaux non comestibles (comme l’âne ou le porc) et des bêtes qui ont l’habitude de se nourrir de déchets (la poule par exemple) ;

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– le « wady : الوَدْيُ », c’est un liquide blanc et épais émis immédiatement après la miction ;
– le « madhy : المَذْيُ», c’est un liquide prostatique qui sort de la verge à l’occasion d’attouchements, de désir ou de fantasmes ;
– le sperme (« maniyy : المَنِيّ») ;
– le pus (« qayh : القَيْحُ») ainsi que le liquide contenu dans les cloques ;
– le sang répandu et dont l’étendue dépasse la surface d’une pièce de monnaie de 3 cm de diamètre (ad-dirham baghlî). Est également considéré comme impur le sang qui coule d’une bête égorgée ou d’un poisson ;
– le cadavre d’un animal terrestre mort autrement que par abattage rituel, hormis les insectes. Allâh dit dans le Coran : « Illicite vous est rendue la chaire morte (…) », s.5 Al-Mâ’ida (La Table), v.3. D’après Salmâne Al-Fârissî , le Prophète a dit : « Ô Salmâne ! Toute nourriture ou boisson dans laquelle est mort un insecte peut être mangée, bue ou utilisée dans le cadre de l’ablution. » (Rapporté par At-Tirmidhî). Les parties considérées comme impures à proprement parler sont celles qui étaient animées comme la chair, les muscles ou les nerfs, ainsi que tout ce qui est sécrété par son corps : bave, sueur, morve, larmes, etc., excepté la laine, les poils et les plumes qui restent purs ;
– tout ce qui se détache de l’animal terrestre de son vivant : chair, corne, ongle, etc., sauf sa bave, sa sueur, sa morve, ses larmes, ainsi que ses poils, ses plumes ou sa laine, lesquels sont déclarés purs ;
– les aliments vomis qui ont changé de nature ;
– l’alcool ;
– le lait sécrété par les animaux non comestibles.
Toutes les créatures sont pures y compris le chien et le sanglier. Leur salive et leurs poils ne sont pas une souillure dans la jurisprudence mâlikite.

Quelle eau utiliser pour purifier l’impureté matérielle et l’impureté immatérielle ?

Purifier une impureté immatérielle (défécation, miction, menstrues ou lochies) se réalise soit avec de l’eau (petite ou grande ablution), soit avec un élément naturel pur tel la terre, le sable, la pierre (le caillou) — un ces trois éléments peut être utilisé pour l’ablution pulvérale —, des feuilles, du bois, du papier.
Quant à la purification de l’impureté matérielle, elle se fait tantôt avec de l’eau par lavage (« الغَسْل : al-ghasl ») ou humectation (« النَّضْح : an-nadh »), tantôt par d’autres moyens comme le tannage. En cas d’utilisation de l’eau, celle-ci doit être pure et naturelle (« الماءُ المُطْلَق : al-mâ’ al-moutlaq »), elle ne doit avoir été altérée par aucune matière pure ou impure, c’est-à-dire que son goût, son odeur ou sa couleur n’ont pas été modifiés par contact avec un corps étranger (lait, savon, urine, etc.). En effet, Aboû Oumâma Al-Bâhilî rapporte que le Prophète a dit : « Rien ne rend l’eau impure, sauf ce qui en a altéré l’odeur, le goût ou la couleur. » (Rapporté par Ibnou Mâjah).

Si l’eau naturelle est mélangée à une matière impure (urine, sang) et que l’une de ses caractéristiques a changé, elle devient impure. Si aucune de ses qualités ne s’est modifiée, elle reste pure et purifiante.
Si l’eau naturelle est mêlée à un corps pur (lait, savon) et qu’une de ses caractéristiques est altérée, elle demeure pure mais perd sa qualité purificatrice. En revanche, elle reste pure et purifiante si elle est altérée selon les conditions suivantes :
– par la terre qui la contient ou le lit dans lequel elle coule : eau contenant du soufre, du gypse, de l’alun ou de la chaux. L’eau reste pure et purifiante même si elle est mélangée intentionnellement à ces substances ;
– à la suite d’une longue stagnation ;
– par la reproduction de plantes ou d’animaux aquatiques. Ibnou Abî Awfâ rapporte que le Prophète a dit : « هو الطَّهور ماؤه، الحِلُّ مَيْتَتُه : (L’eau de mer) est purifiante ; les bêtes mortes (parmi les animaux marins qui s’y trouvent sont licites. » (Rapporté par Mouslim) ;
– par un corps étranger que l’on ne peut empêcher de toucher l’eau, comme les feuilles des arbres ;
– par la bave d’un animal terrestre que l’on ne peut empêcher de laper cette eau, telle la bave du chat ou du rat.

Les eaux naturelles provenant du ciel ou de la terre sont considérées comme pures et purifiantes : eaux de pluie, souterraines, rivières, sources, puits, neige, etc. Dieu dit dans le Coran : « Et Nous faisons descendre du ciel une eau purifiante », s.25 Al-Fourqâne (Le Discernement), v.48. C’est aussi le cas de l’eau du robinet.

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Cependant, l’utilisation de certaines eaux pures et purifiantes est déconseillée :
– l’eau d’un contenant métallique longtemps exposé à un soleil torride. ‘Omar Ibnou-l-Khattâb a dit : « Ne faites pas vos grandes ablutions avec de l’eau qui a été longtemps exposée au soleil, car elle donne la lèpre (البَرَص). » (Rapporté par Ad-Dârâqoutnî) ;
– l’eau brûlante ou glaciale qui ne nuit pas à la santé. Cela dit, le croyant pourrait être amené à négliger sa purification à cause des douleurs éventuelles. S’il est persuadé que cette eau est nuisible à sa santé, il lui est interdit de l’utiliser ;
– l’eau stagnante dans laquelle est mort un animal terrestre et qui n’a pas été altérée ;
– une petite quantité d’eau déjà utilisée pour se purifier d’une impureté immatérielle dans le cadre d’une ablution à caractère obligatoire, puis réutilisée pour purifier l’impureté immatérielle. En revanche, il n’est pas réprouvé de l’employer une seconde fois pour se purifier de l’impureté matérielle. Aussi, il n’y a aucun blâme à réutiliser une petite quantité d’eau déjà utilisée pour purifier l’impureté matérielle que ce soit pour purifier l’impureté immatérielle ou matérielle ;
– une petite quantité d’eau stagnante contenant une impureté qui n’a pas modifié ses qualités. C’est l’avis le plus connu de l’école mâlikite. Selon un avis faible, cette eau deviendrait impure en référence au sens obvie du hadîth prophétique : « Quand l’eau a atteint une quantité équivalente aux qoullatâni (قُلّتان) [260 litres], elle n’est plus impure. » ;
– l’eau en petite quantité dans laquelle un chien ou autre animal a bu alors qu’elle aurait pu en être préservée. D’après Jâbir Ibnou ‘Abdillâh  : « On demanda au Prophète s’il était permis de faire sa petite ablution avec une eau dans laquelle a bu un âne (sauvage). ― Oui, répondit-il, de même qu’avec toute eau dans laquelle a bu tout autre animal sauvage. » (Rapporté par Al-Baghawî).

L’eau pure et non purifiante est l’eau naturelle qui a été mélangée à un corps pur (lait, savon, etc.) de sorte que l’une de ses caractéristiques a été modifiée. Cette eau reste pure mais devient impropre à purifier les impuretés immatérielle et matérielle.

Enfin, l’eau impure est unanimement reconnue (selon Ibnou-l-Moundhir) comme étant l’eau en petite ou grande quantité dans laquelle est tombée une impureté, si bien que l’une de ses qualités a changé. Si ses qualités n’ont pas été modifiées, elle reste pure et purifiante, mais son utilisation est réprouvée si l’on dispose d’une autre eau pure et purifiante non mélangée à un corps impur.L’eau impure ne peut être utilisée ni pour la consommation ni pour purifier les impuretés matérielle et immatérielle.

Comment purifie-t-on l’impureté matérielle ?

La méthode à suivre pour nettoyer une impureté matérielle dépend à la fois de la nature de la souillure et de la nature de la chose souillée. Si la chose souillée se révèle être :
– de l’eau : il faut verser dessus une eau pure et purifiante ou de la terre pure jusqu’à ce qu’elle retrouve ses qualités originelles (goût, odeur, couleur) ;
– un liquide autre que de l’eau (lait, miel, huile) : il ne peut être purifié à moins qu’il ne soit à l’état solide. Il suffira alors de retirer la matière impure et la partie solide en contact avec l’impureté. D’après Aboû Hourayra  : « Quand une souris tombe dans du beurre à l’état solide, jetez la souris et le beurre qu’il y a autour ; s’il est à l’état liquide, jetez le tout. » (Rapporté par Aboû Dâwoûd) ;

– un aliment solide comme de la viande cuite dans une eau impure, il ne peut être purifié ;
– un récipient : s’il est poreux (vase en terre, cruche en bois) et qu’il s’est imprégné d’une impureté liquide, il ne peut être purifié. En revanche, s’il est lisse (en verre), il suffit de le laver avec une eau pure et purifiante une fois ou jusqu’à disparition complète de l’impureté ;
– un contenant dans lequel un chien a lapé : bien que le chien et sa salive sont considérés comme purs en droit mâlikite, il est recommandé de verser le contenu et de laver le récipient sept fois avec de l’eau pure et purifiante ;
– un vêtement : il faut le nettoyer avec de l’eau pure et purifiante jusqu’à ce que l’impureté disparaisse et n’altère plus l’eau de lavage (d’où l’importance de rincer convenablement les vêtements avec de l’eau pure après les avoir lavés à la lessive). Si certaines caractéristiques de la souillure persistent sur le tissu, comme la couleur du sang ou l’odeur de l’urine, le vêtement est malgré tout purifié ;

– un sol : s’il est poreux, il faut déverser assez d’eau pour faire disparaître l’impureté. S’il est lisse, il suffit d’essuyer l’impureté pour l’éliminer.

Que faire en cas de doute ?

Si le croyant doute qu’une souillure soit entrée en contact avec son corps ou avec le sol sur lequel il a l’intention de prier, il lui faut laver la partie douteuse avec de l’eau pure et purifiante. S’il suspecte qu’une impureté ait atteint son vêtement, son tapis de prière, son « khouff » (chaussette de cuir qui monte jusqu’à la cheville) ou sa sandale, il lui suffit de mouiller la partie douteuse, non de la laver. Cependant, s’il est sûr qu’une souillure ait touché son vêtement, son tapis de prière, son khouff ou sa sandale et qu’il hésite entre deux endroits douteux ou plus, il doit laver le tout.S’il est atteint par une chose et qu’il hésite sur son caractère pur ou impur, il ne doit ni laver, ni humecter la partie concernée, conformément à la règle : « À l’origine, toute chose est pure, jusqu’à preuve du contraire. »

Quelle attitude adopter lorsque l’on satisfait ses besoins ?

Le musulman doit observer quelques règles de bienséance lorsqu’il se rend aux lieux d’aisances.

Il lui est recommandé de :
– déposer hors des toilettes tout objet sur lequel est inscrit le Nom de Dieu et de Son Messager . Le Prophète possédait une bague en argent sur laquelle était gravé « Mouhammad est l’Envoyé de Dieu » ; Anas Ibnou Mâlik a rapporté qu’il « ôtait sa bague quand il allait à la selle. » (Rapporté par At-Tirmidhî). S’il craint de l’égarer, il peut le dissimuler dans une poche fermée et n’encourt aucun blâme à le porter sur lui ;

– préparer tout le nécessaire pour nettoyer les restes d’impuretés (eau, papier toilette) ;
– se soustraire à la vue d’autrui lorsqu’il est en extérieur ;
– dire « بسم الله، اللهُمّ إنّي أعوذ بِك مِنَ الخُبْثِ والخَبائِث : Bismillâh, allâhoumma inni a‘oûdhou bika mina-l-khoubthi wa-l-khabâ’ith » (« Au nom de Dieu ; Seigneur, je me réfugie auprès de Toi contre les démons mâles et femelles ») en entrant aux toilettes ou avant de se découvrir s’il est dans la nature. Après être sorti des latrines ou après avoir quitté le lieu où il a fait ses besoins, le fidèle dira « غُفْرانَك : Ghoufrânak » (« Ton pardon [Seigneur] ») ;
– entrer au cabinet du pied gauche et en sortir du pied droit ;
– se couvrir la tête, ne serait-ce qu’avec un pan de son vêtement jusqu’à la fin du nettoyage. Houbay Ibnou Çâlih rapporte : « L’Envoyé de Dieu , quand il voulait entrer au cabinet d’aisances, mettait ses chaussures et couvrait sa tête. » (Rapporté par Al-Bayhaqî) ;
– rester silencieux sauf en cas de force majeure (manque d’eau par exemple) ;
– ne laisser apparaître sa nudité qu’une fois assis ;
– s’accroupir pour faire ses besoins, surtout pour déféquer ; pour la femme : s’accroupir pour uriner et déféquer ;
– éloigner les jambes et les cuisses lors de l’évacuation pour se préserver des éclaboussures ;
– s’appuyer et se tenir principalement sur le pied gauche ;
– essuyer (« لإسْتِجْمارا : istijmâr ») ou laver (« الإسْتِنْجاء : istinja’ ») les orifices inférieurs à l’aide de la main gauche. Aboû Qatâda rapporte que le Prophète a dit : « Que nul d’entre vous ne tienne sa verge de la main droite quand il urine ; qu’il ne se torche pas de la main droite. » (Rapporté par Mouslim) ;
– commencer par essuyer ou laver les parties génitales ;
– s’essuyer et se laver un nombre de fois impair. Aboû Hourayra rapporte que le Prophète a dit : « Que celui qui s’ablutionne rejette l’eau (qu’il a aspirée par le nez ; que celui qui se torche avec (un solide) en utilise en nombre impair. » (Rapporté par Al-Boukhârî) ;
– essuyer d’abord les exutoires avec un solide (papier toilette ou autre) puis les laver avec de l’eau. Si le fidèle se limite à une de ces options, il lui est recommandé de préférer le lavage à l’eau ;
– se laver la main gauche après s’être torché. Si le croyant ne dispose pas de savon, il peut se nettoyer avec de l’eau, de la terre ou autre.

Il lui est interdit :

– d’introduire une copie, une page ou même un verset coranique sauf s’il est dissimulé (dans une poche par exemple) par peur de l’égarer s’il est laissé à l’extérieur ;
– de réciter quoi que ce soit du Coran ;
– de se diriger vers la Mecque ou de lui tourner le dos s’il se trouve en un lieu à découvert. Si l’on est dissimulé par un muret, une roche, un vêtement, cela devient réprouvable mais pas interdit ;
– de faire ses besoins sur une tombe ou dans une eau stagnante de petite quantité.

Le fidèle doit obligatoirement :

– se débarrasser, le mieux possible, des restes d’urine et d’excréments qui restent collés à lui. Ibnou ‘Abbâs rapporte que le Prophète passa devant deux tombes et déclara : « Ces personnes sont châtiées, alors qu’elles n’ont pas commis grand-chose. Le premier colportait les propos [pour semer la discorde] et le second ne se préservait pas de l’urine. » (Rapporté par Al-Boukhârî) ;
– (pour l’homme) évacuer l’urine de l’urètre en appuyant modérément avec son pouce et son index gauches sur son sexe dans un mouvement descendant vers son extrémité (« الإسْتِبْراء : istibra’ »), puis autant qu’il le faudra sur son extrémité pour évacuer complètement l’urine ;
– laver avec de l’eau (« الإسْتِنْجاء : istinja’ ») les parties génitales et anales pour se purifier des matières urinaires ou fécales qui se sont répandues, des restes de menstrues, lochies, métrorragies, sperme ou de madhy ;
– essuyer (« لإسْتِجْمارا : istijmâr ») les orifices naturels avec un élément sec, pur, propre à nettoyer, qui n’est pas digne de respect, dans tous les autres cas cités ci-dessus. Il est interdit de se nettoyer avec un corps humide ou mouillé, car il répandrait les restes d’impuretés ; un objet lisse, pointu ou tranchant ; des substances dignes de respect telles les aliments ; un corps comportant des caractères d’écriture ou encore des matières impures comme le crottin. En effet, Aboû Hourayra rapporte : « Le Prophète étant sorti pour satisfaire un besoin naturel, je le suivis. […] Il me dit : “Cherche-moi des pierres pour m’essuyer, mais ne m’apporte ni os, ni crottin. “» (Rapporté par Al-Boukhârî).

L’istinja’ n’est pas obligatoire après l’émission d’un gaz.

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Il est recommandé d’utiliser le moins d’eau possible tout en observant rigoureusement les étapes de la purification. La forme de la purification à suivre varie selon l’état et la situation du musulman. Quelle qu’elle soit, elle se concrétise en un déroulement d’actes bien précis auxquels le croyant ne peut déroger.

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