Hadîth rapporté par Aboû Moûssâ Al-Ach’arî

Commentaire du Hadith

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  Aboû Moûssâ Al-Ach‘arî a rapporté ce hadîth du Prophète  : « On demanda au Messager de Dieu : “Lequel de ces trois combattants lutte sur le chemin de Dieu : l’homme qui combat par bravoure, celui qui combat avec un esprit partisan ou celui qui se bat par pure ostentation ?”

   Le Messager de Dieu répondit : “Celui qui lutte pour que la parole de Dieu soit la plus haute, combat véritablement sur la voie de Dieu” » [Authentifié par Al-Boukhârî et Mouslim.]

Biographie d’Aboû Moûssâ ‘Abdillâh Ibnou Qays Al-Ach‘arî

    Bien que ‘Abdoullâh Ibnou Qays soit son nom, ce Compagnon fut surnommé Aboû Moûssâ. En quête de vérité, il quitta le Yémen – son pays natal – pour gagner La Mecque dès qu’il apprit l’avènement d’un Messager de Dieu. Lorsqu’il rencontra le Prophète  et s’entretint avec lui, il finit par embrasser la nouvelle religion ; il passa alors beaucoup de temps en sa compagnie pour apprendre l’Islam. Il retourna ensuite au Yémen où il appela une grande partie des gens de sa tribu à la religion de Dieu. Puis, du Yémen, il émigra vers l’Abyssinie en bateau, accompagné de ses nouveaux coreligionnaires yéménites. C’est là qu’il rencontra les Compagnons émigrés de la Mecque, dont leur chef Ja‘far Ibnou Abî Tâlib.

   Alors que le Prophète  se trouvait à Khaybar, Aboû Moûssâ Al-Ach‘arî quitta l’Abyssinie pour regagner le Yémen avant de le rejoindre en compagnie de Ja‘far et d’une cinquantaine de Yéménites – dont deux de ses frères – à qui il avait fait prononcer l’attestation de foi. L’Envoyé de Dieu, ne cachant pas sa joie de revoir Aboû Moûssâ et Ja‘far, leur dit : « Vous avez une double récompense : vous avez émigré vers le Négus et vous avez émigré vers moi. »

   Le Prophète  leur octroya une part du butin obtenu à l’issue de la bataille de Khaybar, sans qu’ils aient participé au combat. Le Messager de Dieu surnomma les Yéménites « Al-Ach‘ariyyoûn », les qualifiant comme étant des personnes sensibles, « des gens aux cœurs les plus tendres ». Parce qu’ils faisaient preuve d’une générosité sans pareil, le Prophète  disait d’eux : « Les Ach‘ariyyoûn sont ceux qui, lorsqu’ils laissent une veuve suite à une bataille ou lorsqu’ils possèdent peu de nourriture, collectent dans un vêtement tout ce qu’ils possèdent, puis le partagent avec équité ; ils font partie de moi et je fais partie d’eux. »

   Aboû Moûssâ Al-Ach‘arî  était un combattant courageux et un Compagnon se distinguant par sa générosité et sa magnanimité. Il était également un jurisconsulte (faqîh) perspicace, ce qui lui valut une place parmi les meilleurs : « Les juges (qodât) de cette communauté sont au nombre de quatre : ‘Omar Ibnou-l-Khattâb , ‘Alî Ibnou Abî Tâlib , Aboû Moûssâ Al-Ach‘arî  et Zayd Ibnou Thâbit . »

   Il était d’une nature saine, lorsqu’on le trompait, il ne s’en rendait pas compte.

   Dieu lui a donné une voix savoureuse et merveilleuse lorsqu’il récitait le Coran. Aboû Bourayda a rapporté : « Le Messager de Dieu se tenait à la porte de la mosquée. Il me prit par la main et me fit entrer. Il y avait un homme qui priait, invoquant Dieu par ces mots : “Ô Seigneur ! Je Te demande en témoignant que Tu es Dieu, nulle divinité si ce n’est Toi l’Unique, le Seul à être imploré, Celui qui n’a jamais engendré et n’a pas été engendré et nul n’est égal à Lui”. Le Prophète révéla : “Par Celui qui tient mon âme dans Sa Main, il a invoqué Dieu avec Son Nom glorieux qui, lorsqu’on Le sollicite par Lui, Il donne. Et lorsqu’on L’invoque par Lui, Il exauce.” Un autre homme récitait le Coran, le Prophète  confia : “Il lui a été accordé une voix semblable à une des flûtes de la famille de David”. Je demandai : “Ô Messager de Dieu, puis-je l’en informer ?” Après l’accord du Prophète, je portai le renseignement à la connaissance de celui qui n’était autre qu’Aboû Moûssâ Al-Ach‘arî. Ce dernier me promit : « Tu ne cesseras d’être mon ami. »

   Aboû ‘Othmâne An-Nahdî a énoncé : « Je n’ai jamais entendu un son de flûte (mizmâr), de guitare (tanboûr) ou de cymbale (sanj) plus beau que le son de la voix d’Aboû Moûssâ. Lorsqu’il dirigeait la prière, on aurait aimé qu’il récite sourate Al-Baqara intégralement tant sa voix était belle ! »

   Un jour, le Prophète  s’adressa directement à Aboû Moûssâ  : « Hier j’ai écouté ta récitation du Coran ! Il t’a été accordé une voix semblable à une des flûtes de la famille de David ». Aboû Moûssâ de répondre : « Si j’avais su que tu écoutais ma récitation, je l’aurais embelli pour toi ! »

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    Le Prophète avait choisi Aboû Moûssâ Al-Ach‘arî  et Mou‘âdh Ibnou Jabal  comme émissaires pour prêcher l’Islam au Yémen tout en leur précisant : « Cherchez la facilité plutôt que la difficulté. Annoncez la bonne nouvelle et ne faites pas fuir les gens. Mettez-vous d’accord et ne divergez pas. »

   Aboû Moûssâ participa à plusieurs batailles du vivant du Prophète , jusqu’à ce que celui-ci dise de lui : « Le maître des chevaliers est Aboû Moûssâ. » Après le décès de l’Envoyé de Dieu , il prit part à plusieurs expéditions contre les Perses. En revanche, il ne prenait jamais parti lorsque deux clans musulmans se battaient.

   À l’époque de ‘Omar Ibnou-l-Khattâb  il fut nommé gouverneur de Bassora ; il a réussi à réunir les Irakiens grâce à son sens de l’écoute et à sa bienveillance.

   Enfin, il participa à l’arbitrage impliquant ‘Alî  et Mou‘âwiya  dans un malheureux différend séparant les musulmans en deux groupes. Ses partisans insistèrent pour qu’il soit le médiateur du clan de ‘Alî, alors que ce dernier aurait préféré envoyer ‘Abdoullâh Ibnou ‘Abbâs, craignant que le jugement pacifiste d’Aboû Moûssâ ne lui fasse perdre les enjeux de cette guerre.

   Il jeûnait durant les jours de forte chaleur plein d’espoir : « Il se peut que la soif de la canicule soit pour nous une boisson désaltérante le Jour de la Résurrection ». Il conseillait toujours à ses coreligionnaires : « Suivez le Coran… et n’attendez pas que le Coran vous suive ! »

   Quant à son décès, l’imâm Ad-Dahhâk relate ce fait : « Aboû Moûssâ sollicita ses enfants  alors qu’il agonisait : “Levez-vous et allez creuser (ma tombe), élargissez-la et approfondissez-la”. Ayant accompli leur tâche, ils informèrent leur père : “Nous avons creusé, élargi et approfondi !” Celui-ci enchaîna : “Par Dieu ! De deux choses l’une : ou bien elle [ma tombe] sera élargie jusqu’à ce que chaque angle mesure quarante coudées, et qu’une porte du Paradis s’ouvre pour que je voie mes épouses, mes demeures et tout ce que Dieu a apprêté pour moi comme prestiges dans le paradis, je serai alors touché par son parfum et ses délices jusqu’à ce que je sois ressuscité ; ou bien elle sera étriquée jusqu’à ce que je me sente plus à l’étroit que dans l’ouverture d’un fer de lance où s’emboîte la hampe et qu’une porte de l’Enfer s’ouvrira pour que je voie mes chaînes, mes carcans et mes mauvais compagnons, je serai alors atteint par son souffle brûlant et son eau bouillante jusqu’à ce que je sois ressuscité.” »

   L’année de sa mort ne fait pas l’unanimité : certains affirment qu’il mourut en l’an 52 de l’Hégire, alors que d’autres parlent de l’an 42 ou 44 de cette ère. Il en est de même concernant son lieu d’inhumation : La Mecque ou Thawiyya, à 2 milles de Koûfâ.

Commentaire du hadîth

   Aboû Moûssâ Al-Ach‘arî a rapporté : « On demanda au Messager de Dieu : “Lequel de ces trois combattants lutte sur le chemin de Dieu : l’homme qui combat par bravoure, celui qui combat avec un esprit partisan ou celui qui se bat par pure ostentation ?” Le Messager de Dieu répondit : “Celui qui lutte pour que la parole de Dieu soit la plus haute, combat véritablement sur la voie de Dieu” » [Authentifié par Al-Boukhârî et Mouslim.]

   Dans une autre version rapportée par Al-Boukhârî : « Un homme vint chez le Prophète et dit : “L’homme qui combat pour gagner le butin, l’homme qui combat pour être mentionné (auprès des gens) et l’homme qui combat pour exposer son rang : lequel est sur la voie de Dieu ?” Il répondit : “Celui qui lutte pour que la parole de Dieu soit la plus haute, combat véritablement sur la voie de Dieu” ».

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Enfin, dans une variante, l’on cite un « homme qui combat par colère ». En regroupant les diverses versions de ce hadîth, cinq causes peuvent pousser l’individu à lutter : – vouloir le butin ou rechercher les richesses matérielles de ce monde ; – montrer son courage ou exposer ses capacités personnelles ou ses acquis culturels ou scientifiques ;

– par ostentation pour que les gens le comblent d’éloges ; – par esprit partisan en agissant pour assurer son soutien à son clan, sa tribu, sa famille, son pays, sa ville, ses amis ou sa confrérie ; – par colère ou pour assouvir quelqu’autre instinct brûlant.

   La réponse du Prophète  étant identique à chaque fois, il est évident que celui qui combat pour une de ces motivations n’obtiendra aucune récompense auprès de Dieu.

   D’ailleurs, ce qui se rapporte au combat concerne également toute autre œuvre louable dans son apparence telle que le savoir par exemple (enseignement ou apprentissage).

   Concernant la parole du Prophète : « Celui qui lutte pour que la parole de Dieu soit la plus haute, combat véritablement sur la voie de Dieu », la majorité des savants apporte une explication intéressante. Si à l’objectif principal de combattre sur le sentier de Dieu se greffe une autre intention, il n’y a pas de mal à cela : le dessein secondaire n’annule pas la rétribution liée à l’intention première. Ceux qui s’opposent à l’avis général avancent que l’intention doit être pure et exclusivement dédiée à Allâh. Un hadîth répertorié par Aboû Dâwoûd et An-Nassâ’î d’après Aboû Oumâma leur sert de référence : « Un homme vint interroger l’Envoyé de Dieu : “Ô Messager de Dieu, que dis-tu de l’homme qui lutte en ne cherchant par cela que la récompense (divine) et la renommée, qu’a-t-il [auprès de Dieu] ?” Il répondit : “Il n’a rien !” L’homme répéta la question à trois reprises et à chaque fois, il recevait la même réponse. Puis le Prophète  explicita : “Dieu n’accepte des œuvres (de l’individu) que ce qui est entièrement sincère ne cherchant, par cela, que Sa Face.” » (hadîth bon) Ibnou Hajar Al-‘Asqalânî s’exprima à ce sujet : « Il se peut que cela concerne celui qui met les deux objectifs au même rang, ceci ne concerne donc pas celui qui donne la priorité à la recherche de la récompense divine. » Ibnou Abî Jamra expliqua, quant à lui : « Les spécialistes disent que si le but principal doit être d’élever la parole de Dieu, ce qui est ajouté par la suite comme objectif n’a pas à l’inquiéter. »

   La réponse du Prophète  est en réalité suffisamment éloquente malgré sa concision. En effet, s’il avait repris les raisons qu’a citées son interlocuteur pour signifier qu’elles n’aboutissaient pas à la récompense divine, cela sous-entendrait que tout autre objectif est sur la voie de Dieu, alors qu’il n’en est guère ainsi.

   Ibnou Battâl, un grand exégète mâlikite du Çahîh d’Al-Boûkhârî, a affirmé : « Le Prophète a su répondre avec justesse sans écarter les raisons évoquées par son interlocuteur, car la colère et l’esprit partisan peuvent être pour Dieu. Il a donc été précis avec une phrase concise. » En bref, la lutte peut avoir trois causes : – une force due à la raison (‘aqliyya : عَقْلِيَة ) ; – une force provoquée par la colère (ghadabiya : غَضَبِيَة ) ; – une force engendrée par un plaisir (chahwâniyah : شَهْوانِيَة ) ; et n’est considérée sur la voie de Dieu que la première.

   Quant à celui qui combat pour défendre sa personne, ses biens ou sa famille, il est également sur le sentier de Dieu. Le Prophète  a été interrogé au sujet de « [celui] qui vient voir une personne et lui commande :

“― Donne-moi tes biens !

― Ne lui donne pas tes biens ! répondit le Messager

― Que dis-tu si je le combats ?

― Combats-le !

― Que dis-tu s’il me tue ?

― Tu es donc martyr !

― Que dis-tu si je le tue ?

― Il est donc en Enfer ! » [Rapporté par Mouslim.] Le Prophète  a clairement énoncé à ce sujet : « Celui qui est tué pour avoir défendu ses biens est martyr. Celui qui est tué pour avoir défendu sa famille est martyr. Celui qui est tué pour avoir défendu sa religion est martyr. Et Celui qui est tué pour avoir défendu sa vie [son sang] est martyr. » [Rapporté par Ahmad.]

   Le hadîth rapporté par Aboû Moûssâ Al-Ach‘arî  montre bien que l’intention est l’élément le plus important pour prétendre à la récompense divine. Ce qui est vrai pour la lutte belliqueuse – qui est le plus grand degré du jihâd – tant que ses règles sont respectées, l’est aussi pour toutes les autres œuvres : rechercher le savoir, enseigner, appeler à Dieu, aider les nécessiteux, etc. L’individu doit donc faire en sorte que son but premier, à travers ses paroles et ses actes, soit l’appel à Dieu.

   Qu’en est-il de celui qui lutte pour sa patrie ? Cette question s’avère polysémique et doit être explicitée. Aimer sa patrie est un sentiment louable et inné. Si un ennemi attaque un pays musulman, comme cela s’est produit à l’époque de la colonisation aux XIXème et XXème siècles, celui qui combat pour repousser l’adversaire afin que l’étendard de l’Islam ne tombe pas, lutte donc sur la voie de Dieu. Celui qui combat pour que les richesses ne soient pas dérobées, ou pour éviter que l’ennemi ne s’empare du pays pour répandre des idéologies destructrices dans les rangs des musulmans, celui-ci résiste également sur la voie de Dieu. Quant à celui qui combat par esprit partisan, par colère ou pour montrer son courage, sa lutte ne sera récompensée que selon ce qui l’a motivé.

   Si le musulman meurt alors qu’il combat l’ennemi, il est considéré comme martyr et est traité comme tel sans que soient lancés des doutes sur son intention, car seul Dieu connait le fond des cœurs. Il n’est donc ni lavé ni enseveli dans un linceul et la prière mortuaire n’est pas accomplie sur lui, puisque ce sont les anges qui se chargent de tout. D’ailleurs, le sang qui a coulé de son corps se transforme en musc qui le parfumera dans l’au-delà.

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